Archive pour décembre, 2010

Première édition du ‘Festival du cinéma chinois en France’, à l’occasion du Nouvel An chinois

28 décembre, 2010

C’est à l’occasion de la prochaine fête du Nouvel An chinois, dont la date est fixée au 3 février 2011, qu’est lancé ce nouveau festival de cinéma chinois qui a pour vocation de couvrir la France entière, avec des projections et manifestations dans quatre villes : Paris, Versailles, Lyon et Toulouse (1). 

 

Organisé à Pékin par le Bureau du Film de la SARFT (organisme officiel chargé de l’administration de la radio, du film et de la télévision) et par le Centre culturel de Chine à Paris, avec le concours de l’ambassade de Chine en France et du consulat de Chine à Lyon, le festival se tiendra du 26 janvier au 8 février 2011. 

 

Il se propose, en douze films à ce jour inédits en France, de faire découvrir un éventail aussi large que possible des réalisations de l’industrie cinématographique chinoise des deux dernières années, et surtout de l’année 2010. 

 

Le festival sera aussi l’occasion de rencontres officielles entre des professionnels français du cinéma et une délégation venue de Chine, ainsi que de colloques et conférences avec la participation de chercheurs et spécialistes du cinéma chinois autour des films programmés et de thèmes d’actualité concernant le secteur. 

 

Bénéficiant du soutien actif du groupe Pathé, le FCCF est présidé conjointement par monsieur Pu Tong, ministre conseiller culturel auprès de l’ambassade de Chine en France, et monsieur Jérôme Seydoux, co-président de Pathé. 

 

Cette première édition du festival aura un éclat particulier, étant parrainée à la fois par Jean Reno et Jiang Wen, auquel sera rendu hommage pour sa carrière tant d’acteur que de réalisateur, d’autant plus justifié que son dernier film, « Let the bullets fly » (《让子弹飞》), est en train de battre des records de fréquentation et d’innovations (2). L’actrice, et maintenant productrice, Fan Bingbing (范冰冰) en sera par ailleurs l’invitée d’honneur. 

 

Rendez-vous le 11 janvier pour le détail de la programmation. 

 

Notes 

(1) Paris au cinéma Gaumont Marignan, Versailles au cinéma Le Cyrano, Lyon à l’Institut Lumière, Toulouse à La Cinémathèque de Toulouse. 

(2) Voir les deux précédents articles, des 21 et 24 décembre 2010.

 

 

Jiang Wen sort « Let the bullets fly » en dialecte du Sichuan !

24 décembre, 2010

Jiang Wen, décidément, n’en finit pas de créer la sensation autour de son dernier film, qui vient de battre des records de recettes, avec 180 millions de yuans (quelque 26,5 millions de dollars) enregistrés pour la seule première semaine d’exploitation en salles (1). Les cinémas dans la Chine entière se battent pour pouvoir en avoir des copies pour le week-end. 

 

Or Jiang Wen vient de lancer un nouveau pavé dans la mare. Avant-hier, 22 décembre, il lançait, lors d’un grand show à Pékin, une nouvelle version de « Let the bullets fly » (《让子弹飞》)… doublée en dialecte sichuanais ! 

 

La raison est logique : l’histoire se passe dans les années 1930 au Sichuan. De là à vouloir enflammer la flamme des Sichuanais pour leur histoire et leur culture locale, il n’y avait qu’un pas. Il est franchi, et avec brio. Jiang Wen lui-même a vécu au Sichuan dans son enfance, ainsi que l’un des acteurs principaux, Chen Kun ; les autres ont dû apprendre. 

 

On attend avec curiosité Ge You et Carina Lau dans des dialogues en dialecte du Sichuan…  Mais nul doute que cela va encore doper les recettes, s’il en était encore besoin. 

 

(1) Voir article précédent.

 

 

Jiang Wen va tourner un remake de son dernier film pour un studio de Hollywood

21 décembre, 2010

La nouvelle court le web depuis hier : un studio de Hollywood vient d’acheter les droits du dernier film de Jiang Wen « Let the bullets fly » (《让子弹飞》) (1), pour en faire un remake qui devrait être tourné par le réalisateur chinois lui-même. 

 

Le film est sorti en Chine le 16 décembre dernier, et a déjà battu des records au box office. Les températures glaciales n’ont pas retenu les spectateurs chez eux. La soirée inaugurale, à minuit, a fait grosso modo un million de yuans de recettes, soit environ 150 000 dollars, ce qui constitue un nouveau record pour un film chinois. Mieux encore, samedi dernier, 18 décembre, le film a engrangé près de 60 millions de yuans (9 millions de dollars), soit plus que le record d’Avatar pour une journée de recettes (57 millions de yuans). 

 

On attend maintenant de voir ce que va donner le film de Feng Xiaogang « If you are the one 2 » qui sort demain, 22 décembre. Mais, déjà, on peut dire que Jiang Wen a créé un nouveau modèle de film commercial qui allie un scénario alliant comique et drame pseudo historique, et un panaché des meilleurs acteurs du moment dans le genre, dont le grand Ge You, qui semble décidément irremplaçable : il joue dans trois des grands films qui sortent ces temps-ci. 

 

Le contrat annoncé avec le studio américain pourrait aussi être précurseur d’un nouveau modèle : le contraire de ce qui se passait jusqu’ici, où les réalisateurs chinois avaient plutôt tendance à faire des remakes de films américains, l’exemple le plus récent étant le film de Chen Daming (陈大明) avec Andy Lau et Gong Li « What women want » (我知女人心) (2). 

 

C’est peut-être effectivement le meilleur moyen de conquérir le marché américain, rêve des réalisateurs chinois, et surtout des sociétés de production : la garantie que le « produit » sera adapté aux goûts de ses « consommateurs ». Le cinéma chinois est maintenant une industrie, que diable, ne l’oublions pas. 

 

On peut juste espérer que Jiang Wen pourra ainsi se mettre un peu d’argent de côté pour se financer un petit film qui soit un pied de nez au box office. Un vrai Jiang Wen.

 

 

« Ma vie » de Shi Hui et la nouvelle éponyme de Lao She : analyse comparée

16 décembre, 2010

A la fin de mon dernier article concernant le grand classique de Shi Hui projeté ce vendredi 17 décembre à l’université Paris Diderot dans le cadre du cycle « De l’écrit à l’écran », j’annonçais une analyse comparée de la nouvelle de Lao She et du film de Shi Hui qui en est une adaptation. 

 

Le film ne prend en effet toute sa signification que vu au regard de l’œuvre littéraire avec laquelle il présente autant de similarités que de différences, mais dans un rapport ambigu qu’il est intéressant d’approfondir, sans prétendre en lever toutes les ambivalences. Au contraire : en les soulignant pour les garder entières, car c’est ce qui fait un grande partie de la richesse du film. 

 

C’est l’un des points que reprendra également Luisa Prudentino lors de la discussion à l’issue de la projection du film. 

 

Voir : 

http://www.chinese-shortstories.com/Adaptations%20cinematographiques_LaoShe_Ma_vie.htm 

Le film sur internet : http://v.youku.com/v_show/id_XMTE5OTkyMzEy.html 

 

A voir ce vendredi à Paris Diderot : « Ma vie », le grand classique de Shi Hui, d’après Lao She

14 décembre, 2010

C’est dans le cadre du cycle « De l’écrit à l’écran » programmé dans le cadre de l’institut Confucius de l’université Paris Diderot (1) que sera projeté ce vendredi 17 décembre un grand classique du cinéma chinois, d’un réalisateur aujourd’hui quelque peu oublié, mais à tort : Shi Hui (石挥)

 

Il s’agit d’une adaptation d’une nouvelle éponyme de Lao She : « Ma vie » (《我这一辈子》). Rarement un réalisateur aura été aussi proche de l’auteur dont il a adapté l’œuvre, et, outre les qualités intrinsèques de Shi Hui, en tant que réalisateur et acteur, c’est sans doute cette symbiose qui fait toute la profondeur et la valeur du film. 

 

Shi Hui : acteur, dramaturge et réalisateur 

 

D’abord acteur de théâtre 

 

Shi Hui, de son vrai nom Shi Yutao (石毓涛), est né en 1915 à Tianjin, mais ses parents ont déménagé à Pékin quand il était enfant. C’est donc là qu’il a grandi et a fait ses études. Mais il les a arrêtées très tôt : il a commencé dès la fin du collège à faire ce qu’on appelle des petits boulots pour gagner sa vie : cheminot en herbe, apprenti dentiste, une année, apiculteur l’autre, et vendeur de billets dans un cinéma.   

 

En 1937, il part à Shanghai, tournant qui décide de son orientation tardive vers les métiers du spectacle : il entre dans une troupe de théâtre itinérante, puis dans diverses troupes renommées, dont la société shanghaienne des arts du théâtre (上海剧艺社), et la troupe Kugan (苦干剧团) dont il fut l’un des premiers membres, avec le dramaturge et écrivain Huang Zongjiang (黄宗江) qui sera plus tard son scénariste. 

 

Il devint ainsi l’un des acteurs les plus réputés de Shanghai, loué même par Mei Lanfang (梅兰芳). Il n’avait pourtant pas une allure de star : des petits yeux, un visage ordinaire. Mais il compensait par un jeu extraordinaire qui captivait ses auditoires. Lorsque Cao Yu (曹禺) le vit interpréter sa célèbre pièce « L’orage » (雷雨), il s’exclama : « Les qualités du jeu de Shi Hui sont bien meilleures que celles de ma pièce. » 

 

Il exerçait une fascination dont il était tout à fait conscient. Il a dit : 

我上场前要观众盼着我,在场上要观众看着我,下场后要观众想着我。 

« Avant que j’entre en scène, les spectateurs m’attendent, quand je suis en scène, ils me regardent, et quand j’en suis sorti, ils continuent à penser à moi. » 

C’était un superbe manipulateur de sentiments. On dit qu’il faisait sangloter les foules, et que, se cachant le visage dans les mains, il regardait en cachette les spectateurs en écartant légèrement les doigts, et riait en douce en les voyant tous pleurer. 

 

Il était connu pour gribouiller les textes des pièces qu’il devait jouer. En effet, disait-il : 

剧本上印的一行行字,固然很重要,但行与行之间的空白,才是我们演员创作最重要的地方。 

« une pièce de théâtre, ce sont des lignes et des lignes de caractères imprimés, il est indéniable que c’est très important ; mais ce sont les vides entre les lignes qui sont essentiels pour nous, les acteurs, c’est là et seulement là que réside notre espace de création. » 

 

Il écrivit aussi des pièces de théâtre huaju (话剧), dont « Le soulèvement du Yunnan » (《云南起义》), passant à la réalisation pour en adapter au cinéma, dont « Sherlock Holmes » (《福尔摩斯》). On le surnomma « l’empereur du théâtre » (« 话剧皇帝« )

 

Puis acteur de cinéma et réalisateur 

 

C’est ce personnage au sommet de son art qui se tourne alors vers le cinéma, à partir de 1941. Et d’abord comme acteur, jouant les premiers rôles dans des grands films tournés dans les années 40 aux studios Jinxing (金星影片公司) puis, à partir de 1947, aux studios Wenhua (文华影业公司), par des réalisateurs eux-mêmes, pour beaucoup, venus du théâtre ou fortement influencés par la littérature ; sa carrière culmine dans deux films représentatifs de 1947 :  « Fake Phoenix » (《假凤虚凰》) de Huang Zuolin (黄佐临), autre natif de Tianjin, élève de Bernard Shaw et spécialiste de Shakespeare, créateur de la Wenhua en 1946, et « Long Live the Wife » ( 《太太万岁》) de Sang Hu (桑弧), sur un scénario de Zhang Ailing (张爱玲). 

 

C’est tout naturellement qu’il se tourne ensuite vers la réalisation, et non moins naturellement qu’il interprète les premiers rôles dans ses propres films, qui sont ainsi indissociables de son jeu d’acteur. Il reste l’auteur de quatre films remarquables : 

1950  This Life of Mine (ou Ma vie) (我这一辈子), adapté d’une nouvelle éponyme de Lao She ;  

1951  Captain Guan (关连长) 

1954  The Letter With Feathers (鸡毛信), une sorte de conte pour enfants imprégné de ferveur révolutionnaire, typique de la « nouvelle Chine », mais une coudée au-dessus des productions semblables ; 

1955  The Marriage of the Fairy Princess  (ou The Heavenly Match) (天仙配), sur un scénario de Sang Hu (桑弧), adaptation d’un récit traditionnel qui fit les beaux jours du box office de Hong Kong où le film sortit cette année-là. 

 

Le premier de la série est certainement le plus intéressant, un chef d’œuvre de cette fin des années quarante qui en vit nombre d’autres, dont le dernier film de Fei Mu (费穆) , « Printemps dans une petite ville » (小城之春), avec lequel on s’accorde à lui reconnaître quelques analogies. 

 

« Ma vie » 

 

Le film commence par un générique volontairement simple, inscrit sur les pages d’un livre portant l’effigie de Lao She, qu’une main tourne lentement. Ce prélude est comme un hommage rendu à l’écrivain, et la promesse d’une adaptation fidèle. Fidèle à l’esprit de la nouvelle. 

 

« Ma vie » est celle d’un agent de police arrivé à la soixantaine passée ; misérable, affamé et grelottant sous la neige, il est à bout de forces, et se remémore les quarante années précédentes : le film est ainsi construit en un vaste flash back. Se retrouvant à vingt deux ans sans travail, il entre dans la police grâce à l’aide d’un ami, car, en ces dernières années de l’empire chinois, c’est l’un des rares emplois, hormis tireur de pousse, qui soient accessibles aux gens humbles et sans éducation. 

 

Il traverse ensuite toute l’histoire de la première moitié du vingtième siècle, connaissant les pires vicissitudes, et n’ayant plus qu’un espoir dans ses vieux jours : l’arrivée des troupes communistes qui doivent d’un jour à l’autre venir libérer la capitale, et dans lesquelles se trouve son fils. Il meurt avant d’avoir pu les voir arriver, mais les dernières images sont celles, triomphantes, de la victoire communiste. 

 

Le film est, dans un superbe noir et blanc, constitué de scènes comme tirées d’une pièce de théâtre, aux dialogues travaillés, dans une très belles langue littéraire que l’on sent tirée du texte de Lao She, adapté par Shi Hui lui-même. La connivence entre le réalisateur et l’écrivain, est totale, et comme concrétisée dans le jeu de Shi Hui. On sent vibrer dans les dialogues la foi révolutionnaire qui les anima tous deux. 

 

Pour nous qui connaissons la suite de l’histoire, cependant, les lendemains ne peuvent que paraître amers : l’immense espoir suscité par les communistes dans les années quarante et lors de leur prise de pouvoir – et qui est en fait le sujet du film comme de la nouvelle – est vite retombé, en particulier pour les intellectuels. Là encore, le destin des deux hommes se répond à quelques années de distance, comme si leur connivence artistique ne pouvait que continuer dans la mort. 

 

En 1957, Shi Hui fut dénoncé comme « droitiste » : l’empereur du théâtre devint du jour au lendemain un esprit malfaisant (鬼蜮). Après une séance de « critique » particulièrement sévère, en novembre, il revêtit une de ses plus belles robes, de laine brune, embrassa sa jeune femme, épousée trois ans auparavant, alla à la banque envoyer pour la dernière fois de l’argent à sa mère, et se jeta dans le Huangpu. 

 

Neuf ans plus tard, dans des circonstances similaires pendant la Révolution culturelle, Lao She (老舍) se jetait dans le lac de la Paix (太平湖) à Pékin : deux destins similaires qui convergèrent un bref moment pour donner un des grands classiques du cinéma chinois. 

 

 

(1) Voir l’article du 23 novembre dernier. 

 

A lire en complément : l’analyse comparée de la nouvelle et du film sur http://www.chinese-shortstories.com/ 

… prochainement. 

 

Institut Confucius – Université Paris Diderot 

Vendredi 17 décembre 2010  

De 17h30 à 20h30 

Bâtiment La halle aux farines -Amphi 2A- 

Esplanade Pierre Vidal Naquet – Paris 13ème 

Le film sera présenté par Luisa Prudentino 

 

Les sorties en Chine pour les fêtes, en décembre et jusqu’en février

12 décembre, 2010

1. Le programme des grandes sorties de Noël et du Nouvel An est sans surprise. Il tient dans les trois rubriques habituelles, comédies, romances et drames, voire comédies ou drames romancés. La course est ouverte pour le meilleur box office. 

 

Voir le progamme complet : http://english.cri.cn/6666/2010/11/29/Zt1261s607628.htm 

 

Les favoris : ceux dont on a parlé et reparlé ces derniers mois –  « Sacrifice » de Chen Kaige (《赵氏孤儿》),  « Let the bullets fly » (《让子弹飞》) de Jiang Wen, tous deux déjà sortis, « If you are the one 2 » (《非诚勿扰2),  de Feng Xiaogang, auxquels il faut rajouter le dernier Zhao Benshan, avec Xiao Shenyang et Kelly Lin . 

 

Mais il y a aussi des petits films tout aussi intéressants, pour le moins, qui devraient aussi avoir du succès, surtout qu’ils ne sortiront qu’en février, ce qui laissera le temps à la fureur médiatique organisée autour des premiers de retomber : celui de Gu Changwei avec Zhang Ziyi « A Tale of Magic » (《魔术外传》), ou encore celui de Zhang Yibai avec Xu Jinglei, « Eternel Moment », suite d’un film télévisé qui avait eu un grand succès en 1998. (1) 

 

2. On me permettra d’ajouter mon grain de sel et choix personnel : un film indépendant qui sera projeté à Pékin au Ullens Centre le samedi 18 décembre. Il s’agit d’un film de Liu Hao  (刘浩) « Addicted to Love » (《老那》) qui a gagné le Signis Award and Solidarity Award au Festival de San Sebastian cette année. 

 

C’est un film plein à la fois de réalisme, d’humour et de chaleur humaine sur la vie de personnes âgées. L’un est un ouvrier pékinois à la retraite, dont la vie se résume désormais à faire le marché avec un de ses anciens collègues. En vaquant à cette occupation quotidienne, il aperçoit un jour un visage qu’il n’a jamais oublié : celui de son premier amour, Li Ying. Pour ne pas aller à l’encontre des réticences de leurs enfants respectifs, ils se rencontrent en secret, et leur ancien amour renaît de plus belle…  Alzheimer apporte cependant un tour inattendu à leur idylle. 

 

C’est une superbe histoire, jouée par des acteurs non professionnels qui lui donnent une touche réaliste, juste et émouvante. 

 

Liu Hao (刘浩) est un réalisateur atypique. Né à Shanghai en 1968, ill postula en 1995 à l’Académie du film de Pékin, fut admis mais ne put entrer car il était frappé par la limite d’âge. Il emprunta alors de l’argent et réalisa une vidéo musicale sur l’opéra de Pékin qui fut primée au festival de Shanghai. Il fut donc finalement admis à l’Académie en 1997. 

 

Il a sorti son premier long métrage en 2002 : « Chenmo et Meiting » (陈默和美婷), qui a eu un grand succès au festival de Berlin 2002 (prix Netpac et mention spéciale pour un premier film). Le film raconte les amours d’un vendeur de fleurs et d’une masseuse dans un salon de beauté, deux enfants d’intellectuels persécutés pendant la Révolution culturelle. Il est sorti en France en 2004. 

 

Il n’a jamais été distribué en Chine, mais son succès à l’étranger attira l’attention du China Film Group, qui sélectionna Liu Hao pour un projet réalisé en coopération avec l’université de Pékin. Cela donna  « Two Great Sheep » (好大一对羊), sorti en 2004, qui obtint, entre autres, le prix du meilleur film au festival du film asiatique de Deauville en 2005. Liu Hao était ainsi l’un des premiers réalisateurs indépendants à entrer dans le circuit des studios d’Etat, avec Jia Zhangke et Zhu Wen. 

 

 

(1) Pour « Sacrifice » voir l’article du 17 juillet, pour « Let the bullets fly » l’article du 19 février, pour « If you are the one 2 » l’article du 18 octobre, et pour le film de Gu Changwei l’article du 28 septembre.

 

 

« Thomas Mao », de Zhu Wen : l’un des films les plus originaux sortis en Chine en 2010

9 décembre, 2010

« Thomas Mao », ou xiao dongxi (《小东西》), est le troisième film de Zhu Wen (朱文), écrivain passé à la réalisation en 2000 après avoir cessé d’écrire (1). 

 

« Thomas Mao » est un film énigmatique et inclassable, mêlant surréel, fantastique, wuxia et réalité, que Zhu Wen a défini avec une dose d’ironie comme une « comédie taoïste documentaire d’action ». Juste de quoi brouiller un peu plus les pistes, et la frontière ténue entre réel et fiction. Il annonce tout de go : ni Est ni Ouest, ni réalité ni fiction, ni cette existence ni la précédente (非东方非西方,非现实非想象,非前世非今生”)

 

Plus précisément, il traite de la rencontre improbable, en plein désert de Mongolie intérieure, de deux personnages qui n’ont a priori rien en commun, doubles d’un diplomate luxembourgeois, conservateur du pavillon luxembourgeois à l’exposition universelle de Shanghai, Thomas Rohdewald, et d’un peintre chinois à succès, originaire du Hunan, Mao Yan (毛焰)

 

Mao Yan joue Mao (), plutôt poussé sur la bouteille, et patron d’une auberge en déréliction qui rappelle celle du film de Wong Kar-wai « Ashes of Time », mais au bord d’un lac qui semble un mirage dans ce cadre désertique (2).  Thomas Rohdewald joue Thomas (托马斯), un étranger qui semble avoir perdu ses repères et se retrouve par hasard devant l’auberge au bord du lac. D’où le titre anglais : Thomas Mao. 

 

Commence alors un dialogue de sourds, traité en séquence comique, entre Thomas qui parle anglais et Mao qui parle hunanais, sans qu’aucun des deux fasse l’effort de parler le langage de l’autre ou tente de se faire comprendre par gestes : ils semblent ainsi  parfaitement s’entendre. Il y a là une métaphore des rapports est-ouest (东西): d’où le titre chinois (3). 

 

Sur ce premier thème narratif se greffent des éléments surréels et oniriques : de la neige insolite en plein été et plein désert, des extraterrestres qui semblent tirés tout droit de l’imagination de Thomas, et celle de Zhu Wen, et une séquence de wuxia dans le style le plus pur et aérien, à la manière de … Tigres et Dragons : une femme en noir se bat avec un homme en blanc, et, à la fin, ils se transforment en papillons et s’envolent ensemble, comme dans la légende des amants papillons Liang Shanbo et Zhu Yingtai (梁山伯与祝英台).C’est aussi une métaphore de l’union ultime, au-delà du langage, dans les rapports entre Mao et Thomas, qui semblent capables de cette entente indicible parce qu’ils se connaissaient déjà dans une existence antérieure, est-il suggéré. 

 

Le film est en fait construit en deux parties qui semblent se refléter l’une l’autre, comme l’auberge dans les eaux du lac : la première partie est constituée des séquences juste décrites, la seconde partie étant une sorte de documentaire sur la vie réelle des deux personnages qui apporte un contrepoint à la première partie. Mao Yan (毛焰) est en effet un peintre célèbre, dont les toiles atteignent des millions de yuans (4), et qui a pris Thomas Rohdewald comme modèle pendant les dix dernières années, réalisant une série de tableaux intitulés, justement, « Série Thomas » (托马斯系列”).Cette partie elle-même comporte quelques aspects surréalistes, malgré son caractère de documentaire, ce qui permet de conserver une certaine homogénéité dans le ton.   

 

Les acteurs, dans leurs propres rôles, contribuent à la réussite du film, par leur jeu, mais aussi par leur simple présence, entre réalité et fiction. L’actrice qui joue la scène de wuxia est Jin Zi (金子) qui jouait dans le premier film de Zhu Wen, « Seafood » (《海鲜》), sorti en 2001. 

 

« Thomas Mao » est un film d’une grande inventivité. Zhu Wen a dit qu’il ne faisait pas des films pour faire des éclats au box office ou pour gagner des prix dans des festivals. Ce qui lui importe, a-t-il dit, c’est le degré d’innovation de ses réalisations. 

 

Le film est sorti en première mondiale au festival de Shanghai, en juin dernier, a été présenté au festival de Venise, début septembre, puis à celui de Vancouver, en octobre, et il a chaque fois fait l’unanimité des critiques. C’est certainement un film qu’on aimerait voir prochainement dans un festival plus près de chez nous. 

 

Bande annonce : http://v.youku.com/v_show/id_XMTgyMDA4NDE2.html 

 

Interview de Zhu Wen et des acteurs  http://v.youku.com/v_show/id_XMTgzOTU5MTI0.html 

 

Notes 

(1) Voir la présentation de sa carrière et de ses œuvres : 

http://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_ZhuWen.htm 

(2) Le lac a été créé artificiellement pour les besoins du film, en édifiant un barrage sur le cours d’une petite rivière, que les bergers en aval détruisaient toutes les nuits, et qu’il fallait donc reconstruire au petit matin. 

(3) Il ne faut pas le prendre au sens de ‘chose’ (东西), le titre 《小东西》étant aussi la traduction du roman « Le Petit Chose » d’Alphonse Daudet. 

(4) On dit qu’il aurait vendu deux millions de yuans le tableau qu’il peint dans le film, et que cela en aurait financé une bonne partie. 

 

Rétrospective Edward Yang à la Cinémathèque française du 8 au 20 décembre

6 décembre, 2010

Du 8 au 20 décembre, en partenariat avec le Centre culturel taiwanais, la Cinémathèque française rend hommage au grand réalisateur taiwanais Edward Yang, disparu en 2007, avec une rétrospective de ses huit longs métrages. 

 

Le réalisateur 

 

Edward Yang (ou Yang Dechang 楊德昌) fut l’un des chefs de file de la nouvelle vague taiwanaise, avec Hou Hsiao-hsien et Tsai Ming-liang. Il est né à Shanghai en novembre 1947, mais a grandi à Taipei après l’exil forcé de ses parents suivant la débâcle du Guomingdang. Il a fait des études de génie électrique, puis d’informatique aux Etats-Unis, et pensait faire une carrière dans les hautes technologies, malgré son amour pour le cinéma. En effet, après un passage à l’école du cinéma de l’université de Californie du Sud (USC Film School), trouvant le cinéma trop commercial, il entra dans une société d’informatique à Seattle. 

 

Mais, ayant vu un jour au cinéma le film de Werner Herzog « Aguirre, la colère de Dieu », il sentit sa passion se réveiller, et il se mit alors à étudier les grands classiques européens. C’est Antonioni qui finit de le convaincre qu’il avait peut-être mieux à faire que de l’informatique. 

 

Il revint alors à Taiwan où il participa à la réalisation d’un téléfilm pour Hong Kong dont il écrivit le scénario. Il continua à travailler pour la télévision, et passa au cinéma en 1982, avec la réalisation d’un court métrage, « Expectation » (‘指望’), le second de la série intitulée « In our time » (《光阴的故事》) qui marqua les tout débuts de la nouvelle vague du cinéma taiwanais. 

 

Les films 

 

Contrairement à Hou Hsiao-hsien, Edward Yang est le cinéaste de la ville, son thème de prédilection étant les relations humaines dans le contexte urbain, Taipei en l’occurrence, partagée entre modernité et tradition. Son premier long métrage, en 1983, « That day, on the beach » (《海滩的一天》), raconte la rencontre de deux amis qui ne s’étaient pas vus depuis trente ans, en suivant une ligne narrative originale qui coupe l’histoire des deux familles en deux horizons temporels. 

 

Son second film, « Taipei Story » (青梅竹马), l’année suivante, raconte l’histoire d’une jeune fille qui cherche désespérément sa voie dans une ville labyrinthique où son seul appui est son petit ami, Lon, interprété par Hou Hsiao-hsien, alors que celui-ci est pris dans un réseau d’obligations filiales sur le modèle confucéen qui l’obligent à venir en aide à son père au bord de la faillite. Le film est un condensé de critique sociale qui va devenir la caractéristique des films de la période. Il a obtenu le prix FIPRESCI au festival de Locarno. 

 

En 1986, son troisième film, « The Terrorizers » (恐怖份子》), est, dans un style totalement différent, un thriller urbain qui, à la manière du « Blow Up » d’Antonioni, mêle éléments divers comme autant de morceaux de puzzle, les morceaux étant ici constitués par les relations entre les personnages et les espaces où ils évoluent. Le film a obtenu le Léopard d’argent au festival de Locarno. 

 

En 1991 sort ce qui est souvent considéré comme son chef d’œuvre : « A Bright Summer Day » (牯岭街少年杀人事件), un film de près de quatre heures et plus de cent personnages. Le titre original signifie « le garçon du meurtre de la rue Guling ». Il s’agit d’un fait divers réel qui s’était passé quand Edward Yang avait treize ans : un jeune garçon avait assassiné sa petite amie qui avait une relation avec un chef de gang. Le film est une analyse très fine des problèmes de gangs de jeunes dans le contexte politique de la Taipei des années 1960 : leurs parents ayant fui le continent après la défaite du Guomingdang, leurs enfants ont grandi dans une atmosphère difficile générée par l’incertitude ressentie par leurs parents quant à l’avenir. La formation des gangs de jeunes était une manière de rechercher identité et sécurité. Il existe deux versions courtes (3 heures et 127 minutes), mais c’est la version de quatre heures, celle d’origine, qui est programmée, et une copie restaurée qui plus est. 

 

Edward Yang passe ensuite à la satire et à la comédie avec les deux films suivants : « A Confucian Confusion » (独立时代) en 1994, et « Mahjong » (麻将》)  en 1996.  Mais c’est son grand succès de l’an 2000 qui est son film le plus populaire : « Yi Yi » (一一) qui lui valut le prix du meilleur réalisateur à Cannes et nombre d’autres récompenses ; c’est la vie d’une famille vue par trois de ses protagonistes, un gamin de huit ans, sa sœur et leur père, la mère étant absente, en retraite pour se remettre d’une crise existentielle.   

 

Edward Yang créa en 2000 sa propre société de production, Miluku Technology & Entertainment, pour produire des films d’animation et des shows télévisés. Mais ses projets furent remisés lorsqu’il fut atteint d’un cancer. Il mourut en juin 2007, et fut couronné en octobre du titre de ‘Asian Filmmaker of the Year’ au festival de Pusan. 

 

La projection des huit films sera accompagnée d’une table ronde, le samedi 11 décembre, à 14 h 30. 

 

Détail des séances : 

http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/fiche-cycle/edward-yang,307.html 

 

Cui Jian prépare son premier film avec… Christopher Doyle !

3 décembre, 2010

Cui Jian (崔健) n’est autre que le parrain de la musique rock chinoise : un mythe. Il a atteint son pic de popularité au moment des événements de Tian’anmen, en mai 1989 : sa chanson « Rien en mon nom » (一无所有), qui l’avait rendu célèbre lors d’un show télévisé en 1985, était devenue le slogan des étudiants sur la place (1).   

 

Le film qu’il prépare s’intitule « The Blue Bone » (蓝色骨头), titre d’une autre de ses chansons : le hit du recueil « Show you colour » de 2005 (2). Il a annoncé lors d’une conférence de presse, le 1er décembre dernier, que son directeur de la cinématographie serait Christopher Doyle, le génial collaborateur de de Wong Kar-wai pour presque tous ses films, dont « In the mood for love », mais aussi de Zhang Yimou pour « Hero », et bien d’autres encore. Le film aura au moins de superbes photos. Si mes comptes sont bons, ce sera son quarante septième comme directeur de la photo. 

 

Au dernier festival de Cannes, Cui Jian avait déjà annoncé que le film aurait Takeshi Kitano comme producteur exécutif. Il sera produit par la compagnie pékinoise Antaeus, celle qui a, entre autres, produit le grand succès au box office qu’a été « Ip Man » l’an dernier. 

 

Pour le reste, le mystère plane, concernant les acteurs dont on ne connaît guère que l’actrice principale, Ni Hong (倪虹), mais surtout en ce qui concerne le scénario. Cui Jian l’a pour l’instant décrit comme une énigme chinoise : ce serait un film « au sujet d’une chanson (ça on sait, c’est celle du titre), deux générations, trois histoires, et quatre styles » (一首歌,两代人,三段故事,四种曲风). Il retrace l’histoire d’un jeune musicien, histoire qui, dans le projet initial, était en trois parties symbolisées par trois couleurs ; cela rappelle Kieslowski, mais avec des couleurs différentes : rouge symbolisant le rock, bleu la musique électronique, et jaune la pop. Finalement, le rouge et le jaune ont été abandonnés, reste le bleu. On se demande ce que devient la chanson … 

 

La précédente tentative de Cui Jian en tant que réalisateur fut l’un des deux segments du film « Chengdu I love you », dont Fruit Chan avait réalisé l’autre segment, et qui fut présenté en clôture du festival de Venise en 2009 sans emporter l’adhésion ni du public ni des critiques, c’est le moins qu’on puisse dire (3). On attend donc Cui Jian avec intérêt, surtout, il faut bien dire, avec la présence de Christopher Doyle. 

 

Photos de l’équipe : http://ent.qq.com/a/20101202/000351.htm#p=1 


Notes 

(1) 我曾经问个不休/你何时跟我走/可你却总是笑我/一无所有 

je t’ai demandé et redemandé quand tu viendrais avec moi, 

mais tu m’as toujours ri au nez, parce que je n’ai pas un rond. 

(à prendre évidemment au second degré, l’interlocuteur véritable étant la Chine, cqfd) 

(2) A écouter (après la pub) : http://www.tudou.com/programs/view/HvehgBtmi1g/ 

C’est une sorte de rap, voilà les paroles : http://blog.sina.com.cn/s/blog_474002d30100hnz1.html 

(3) Voir les commentaires dévastateurs de Derek Elley : article du 10 mars 2010.