Le Festival du cinéma chinois de Changchun fête son dixième anniversaire en grande pompe

Le 10ème Festival du cinéma chinois de Changchun (第十届中国长春电影界) a débuté lundi dernier 23 août. Fondé en 1992 à l’initiative des Studios de Changchun (1), sous l’égide conjointe de l’Administration d’Etat de la radio et de la télévision, de la province de Jilin et de la ville de Changchun qui en assurent le financement, il dure traditionnellement cinq jours, la dernière semaine d’août, et se tient tous les deux ans, en alternance avec le festival des Huabiao (2). Pour son dixième anniversaire, cette année, les organisateurs ont voulu lui donner un éclat particulier. 

 

Sans parler de l’aspect purement promotionnel, avec la présence d’une foule de vedettes à la cérémonie d’ouverture, dont les deux actrices principales d’ « Aftershock », Xu Fan (徐帆) et la petite Zhang Zifeng (张子枫), le festival s’affirme comme acteur de première importance dans le cinéma chinois en élargissant son programme et créant un nouveau prix. 

 

Une vitrine prestigieuse du cinéma ‘officiel’… 

 

Classé parmi les quatre premiers festivals de cinéma en Chine, le festival de Changchun fait pendant au festival international de cinéma de Shanghai, en se positionnant sur un créneau plus ‘officiel’ et populaire, plus traditionnellement ‘chinois’, en quelque sorte. 

 

Il est ouvert, selon la terminologie officielle, aux films « de fiction en langue chinoise » (华语故事片) « des deux rives et des trois territoires » (“两岸三地”), c’est-à-dire la Chine continentale, Hong Kong et Taiwan. 

 

Le prix traditionnellement décerné est le ‘prix du cerf d’or » (金鹿奖 jīnlù jiǎng). Cette année, sur les 437 films au programme, quarante ont été sélectionnés pour la compétition, le jury étant élargi de onze à treize membres et présidé par l’ancienne directrice des Studios du 1er Août (1), Wang Xiaotang (王晓棠). La précédente édition du festival avait déjà récompensé un film sorti de ces studios, toujours possédés par l’Armée populaire : « Dans les monts Taihang » (太行山上). 

 

Ce choix est révélateur en soi de l’image propre du festival, plus spécifiquement tournée vers le public chinois, avec une forte présence de films ‘officiels’. « Dans les monts Taihang » est ainsi un film tourné pour commémorer les 100 ans du cinéma chinois et le 60ème anniversaire de la victoire sur le Japon. Les prix décernés jusqu’ici sont allés à des filmographies du même genre : le ‘cerf d’or’ 1996 a été décerné au film de Hou Hsiao-hsien « Good men, good women » (好男好女), qui dépeint deux communistes chinois de Taiwan partis sur le continent, dans les années quarante, pour participer à la guerre contre le Japon, tandis que celui de 1998 récompensait un film de Hong Kong, tourné cette même année dans les studios de Mongolie intérieure : « Gengis Khan »  (成吉思汗). 

 

Cette année, bon nombre des quarante films en compétition pour le ‘cerf d’or’ sont des films réalisés pour le soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire, dont, bien sûr, la mégaproduction « La fondation de la République » (《建国大业》) (3) et le « Confucius » (《孔子》) de Hu Mei (4). 

 

… un aspect du cinéma chinois à découvrir 

 

Il y a aussi dans la sélection les superproductions de l’année écoulée. Tous sont en quelque sorte des films « obligés » qui font partie du paysage cinématographique chinois actuel. Le festival ne se borne cependant pas à cela, ayant aussi sa part de films que l’on peut qualifier de ‘films d’auteur’, comme celui du Taiwanais Leon Dai, vedette du festival de Taipei en novembre 2009 : « No puedo vivir sin ti » (《不能沒有你》) (5). 

 

Mais l’un des mérites essentiels de ce festival, à mon sens, est de relativiser la notion frelatée de « cinéma de propagande », et de mettre à l’honneur et faire découvrir des films classés dans cette rubrique qu’on aurait tendance à négliger un peu trop vite. Il permet en particulier de découvrir des films que l’on verra rarement ailleurs, et de confronter à des films connus d’autres qui le sont moins, sur des sujets proches, et qui soutiennent la comparaison. 

 

C’est le cas, par exemple, du « Tian’anmen » (《天安门》) de Ye Daying  ( 大鹰 ) , un film autrement intéressant que  « La fondation de la République » qui l’a malheureusement écrasé. On va en reparler… 

 

Un nouveau prix : ‘l’épi d’or’ 

 

Une autre caractéristique du festival, dès sa fondation, est l’accent mis sur les thèmes ruraux. L’une des distinctions du ‘cerf d’or’ était ainsi réservée à ce genre de films, et ce n’est pas pour rien que le premier ‘cerf d’or’, en 1992, a été décerné au film de Zhang Yimou « Qiu Ju, une femme chinoise » (秋菊打官司, qui dépeignait les tribulations d’une paysanne décidée à obtenir justice pour son mari. 

 

Cette année, cette orientation du festival est accentuée par la création d’un prix spécial : l’épi d’or (金麦穗奖 jīn màisuì jiǎng). Désormais, le festival aura donc deux compétitions, ou plutôt, comme le veut la terminologie officielle, deux branches (ou deux ‘ailes’) d’une même compétition (一主两翼”). Vingt et un films ont été sélectionnés pour participer à cette nouvelle compétition. Il y aura certainement là aussi des perles à découvrir. 

 

Le côté populaire de l’initiative a été souligné par la présence lors de la cérémonie d’ouverture de Zhao Benshan (赵本山), Xiao Shenyang (小沈阳) et diverses autres vedettes du errenzhuan (二人转), ce divertissement populaire justement originaire du Nord-Est. 

 

Quant à la soirée de clôture, et de remise des prix, ce vendredi 28 août, elle est d’ores et déjà annoncée comme un superbe show à grand spectacle dans l’immense stade et patinoire de la ville, avec l’ambassadrice du festival, l’actrice Zhao Wei (赵薇), transformée pour l’occasion en Reine des Neiges : elle doit sortir de son château de glace pour marquer symboliquement les progrès réalisés en dix-huit ans, depuis la fondation du festival, et l’avènement d’une ère nouvelle du cinéma chinois… 

 

Rendez-vous sur CCTV6, à 19 h 30 heure chinoise !                                                 

Notes 

(1) Voir l’article sur les studios de cinéma chinois du 27 janvier 2009 

(2) Voir l’article sur les prix du cinéma chinois du 10 janvier 2009 

(3) Voir l’article du 20 avril 2009 

(4) Voir les articles des 14 avril et 11 décembre 2009, et du 12 janvier 2010. 

 

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