Yang Jin prépare son troisième film, après « Er Dong »…

25 juillet, 2011

Yang Jin ()est le directeur de la photographie auquel Li Ruijun (李睿珺)doit une bonne partie du succès de son dernier film, « The Old Donkey » (《老驴头) (1). 

 

Directeur de la photo de réalisateurs indépendants originaux, voire marginaux, il a commencé sa carrière en tant que réalisateur, avec un premier long métrage en 2004, et prépare actuellement son troisième film, qui sera tourné dans son Shanxi natal, comme les deux précédents. 

 

Profondément ancrée dans la culture locale de sa province d’origine, son œuvre en est un reflet, avec un aspect documentaire important, mais renforcé et approfondi par la fiction qui vient y ajouter une note symbolique à la limite du conte ou de la
fable. Y surgissent ça et là, comme du fond de l’inconscient, des réminiscences personnelles qui nimbent le tout de touches poétiques. C’est original, déconcertant, attachant comme ces sentiers rustiques aux pavés inégaux qui découvrent soudain, au détour du chemin, entre les arbres qui les bordent, une vision fugitive que l’on doit ensuite reconstruire en esprit. 

 

« The black and white milk cow » 

 

Né en 1982 dans le Shanxi, Yang Jin () a d’abord suivi un cursus de photographe à l’école de cinéma du Shanxi avant de faire des études de réalisateur au collège des Arts et de la Communication rattaché à l’Université normale de Pékin dont il est sorti en 2003. 

  

Son premier film, dont il a aussi co-écrit le scénario et signé la photographie, est sorti dès l’année suivante, en 2004 : c’est « The black and white milk cow » (《一只花奶牛》), adapté d’une nouvelle quasiment éponyme de l’écrivain du Gansu Wang Xinjun (王新) qui est également coproducteur. 

 

Présenté au 19ème festival international du film de Fribourg, le film y a obtenu le prix du jury œcuménique, ainsi que le prix Don Quichote de la Fédération internationale des clubs de cinéma (FICC), attirant l’attention sur un jeune cinéaste encore totalement inconnu. Le film a ensuite fait un petit tour de divers festivals, dont la Viennale et le festival de Rome, et on a même pu le voir en octobre 2006 à Paris, au festival Shadows. 

 

Le film se passe au village de Yangjiagou (家沟村), un coin perdu dans les montagnes du Shanxi. Le chef du village fait revenir son neveu Yang Jinsheng (晋生) pour remplacer le vieil instituteur de la petite école locale. Jinsheng a juste terminé le lycée, mais son père vient de mourir, la famille est très pauvre, il doit donc abandonner ses études et revenir s’occuper de sa grand-mère. Mais le village aussi est très pauvre : il ne peut lui payer un salaire ; en échange de son travail, Jinsheng reçoit une vache, noire et blanche, celle du titre, qu’il va devoir soigner et traire, et dont il va partager le lait avec ses élèves, tout en vendant le surplus pour acheter des livres et du matériel. Il la fait même inséminer. 

 

L’école, cependant, n’est guère fringante : une vieille maison de terre à moitié en ruines, qui menace de s’effondrer à la première pluie un peu trop violente. C’est d’ailleurs ce qui se produit : une nuit de pluie diluvienne, une fissure apparaît dans un mur, l’école doit être évacuée, mais Jisheng se fait coincer une jambe sous une poutre qui lui tombe soudain dessus alors qu’il tente de sauver le maximum de tables. L’une des élèves, Yang Xiaofeng (杨晓凤), qui s’est montrée très prévenante à son égard, allant jusqu’à lui faire la cuisine, réussit à le libérer à l’aide de la vache. Mais celle-ci meurt peu de temps après en mettant bas un veau mort né. Quant à Xiaofeng, son père ayant eu un accident à la mine, elle doit partir travailler… 

 

Jinsheng emmène à la fin du film sa grand-mère dans la montagne, se recueillir à l’endroit où a été enterré son père. C’est la plus belle séquence du film : un instant magique où la vieille femme, que l’on n’avait pas vue jusque là (on avait juste entendu sa voix venant d’une pièce où on la devinait alitée), donne, d’un ton calme et égal, une leçon de sagesse chinoise à son petit-fils, devant un superbe paysage qui incite à la contemplation. C’est un souvenir personnel de Yang Jin. 

 

Ce n’est pas vraiment un film sur la difficulté des conditions de vie ou d’enseignement dans cet endroit reculé. Il a, il est vrai, un aspect documentaire. Yang Jin a souligné qu’il était très attiré par le documentaire, mais qu’il avait besoin de la fiction pour s’exprimer. L’aspect documentaire, en fait, donne une touche un peu raide au film qui s’en évade par la délicatesse des rapports humains qui y sont décrits, ceux, surtout, de la petite Xiaofeng et de Jinsheng, et ceux, à peine esquissés mais non moins délicats, de Jinsheng avec sa grand-mère, et ce sur fond de communauté villageoise dont une des caractéristiques surprenantes est la foi chrétienne qui la soude (4). 

 

Yang Jin procède avec une grande économie de moyens, une sorte d’austérité par nécessité, mais qui semble refléter les conditions de vie mêmes qu’il filme et relate, dans une parfaite symbiose du style avec le sujet traité. 

 

Bande annonce : http://my.tv.sohu.com/u/vw/3945926 

 

« Er Dong » 

 

Il a ensuite fallu quatre ans à Yang Jin pour réaliser son second film, qui date de 2008 : il s’agit de « Er Dong » (《二冬》), dont il est également le scénariste. Mais ce film a été réalisé dans de meilleures conditions que le premier : grâce à la notoriété acquise entre temps, Yang Jin a bénéficié de meilleurs moyens, et en particulier de l’aide à la post-production du fonds Hubert Bals (du festival de Rotterdam). 

 

« Er Dong » est le nom d’un jeune garçon obstiné et rebelle, élevé par une veuve qui l’a adopté. On dit que son mari l’a trouvé, un jour de février froid et neigeux, au pied d’une grande pierre, non loin du village, appelée « la pierre pour vendre les enfants » (卖儿石”). Il le lui a rapporté et est mort peu après. Mais Er Dong ne s’est jamais montré reconnaissant de tout ce que sa mère adoptive a fait pour lui. Il est devenu rebelle et querelleur, jouant avec son fusil, paradant à moto et cherchant noise aux autres gamins du village. 

 

De guerre lasse, sa mère décide de le confier à une école locale de missionnaires chrétiens (4). Las de chanter des cantiques à longueur de journée, il s’enfuit, avec une fille nommée Chang’e (嫦娥), comme la divinité de la lune. Mais, quand Chang’e tombe enceinte, il est bien obligé de revenir au village et de se marier. Il réalise alors qu’il n’est pas facile de gagner son pain quotidien sans qualifications, à l’ère de l’industrialisation rapide du pays. Après un premier job dans une briqueterie, très mal payé, il tente de se faire de l’argent en coupant illégalement des arbres, ce qui l’emmène droit au poste de police. Il finit par repartir tenter sa chance ailleurs, après avoir fait exploser la pierre, au moins dans sa tête… 

 

Ce qui est intéressant est plus dans les interstices du récit que dans le récit lui-même, et, ici encore, dans la fiction et la construction plus que dans le côté documentaire. Le film (en couleurs) est entrecoupé de séquences en noir et blanc qui représentent comme des remontées de l’inconscient, l’expression symbolique du traumatisme d’un enfant trouvé qui n’accepte pas d’avoir été abandonné et de ne pas connaître ses parents véritables. 

 

Yang Jin a expliqué que cette idée initiale lui vient d’un souvenir d’enfance. Quand il était petit, ses parents ne travaillaient pas au même endroit ; il vivait avec sa mère et sa petite sœur. Il entendait souvent sa mère discuter avec les voisins. Ils disaient en plaisantant que ce n’était pas sa mère qui lui avait donné naissance, mais qu’on l’avait pêché avec un grand filet dans le fleuve Jaune. C’est l’une des images en noir et blanc que l’on voit dans le film. 

 

En revanche, il avait une petite camarade de jeu nommé Pingping qui, elle, n’était pas la fille de la femme qui l’élevait, mais la fille de sa propre tante. Sa tante et son oncle avaient eu le bébé très jeunes, plus jeunes que l’âge minimum imposé par la loi ; s’ils l’avaient gardé, ils auraient dû payer une amende, et ils auraient en outre été mal considérés dans leur unité de travail. Ils allaient l’abandonner quand le père de Yang Jin l’a pris pour l’emporter à travers les montagnes enneigées, jusque chez sa sœur. D’où les autres images en noir et blanc qui montrent des personnages marchant lourdement dans la neige, et Chang’e vendant un enfant… 

 

La dernière image en noir et blanc est celle de la « pierre à vendre les enfants » se désintégrant dans la neige, comme si Er Dong avait besoin de la faire exploser mentalement pour pouvoir se libérer du poids de son passé et commencer à mener une vie normale, avec femme et enfant. 

 

Le film a de très belles séquences, et des photos superbes, qui rappellent que Yang Jin est d’abord photographe. On garde en particulier en mémoire des scènes d’intérieur montrant Er Dong avec Chang’e et le bébé, dans des couleurs pastel et des cadrages soigneusement dosés. Mais le film garde une touche brute, authentique. 

 

Il a été primé au 13ème festival de Pusan, et remarqué dans nombre de festivals par la suite. 

 

L’affiche (avec la pierre sous la neige) : http://i.mtime.com/guanwen/blog/1501099/ 

 

Et directeur de la photo entre les deux films 

 

Entre 2004 et 2008, Yang Jin a été le directeur de la photo de différents réalisateurs, surtout Cui Zi’en (崔子恩) (2) dont il est l’élève et qui a produit « Er Dong ». Yang Jin a signé la photo de trois de ses films : 

-          en 2005 : « My Fair Son » (《我如花似玉的儿子》) (3) ; 

-          en 2006 : «  Only Child, Upward, Downward, Forward, Backward, Rightward and Leftward » (《独生子,向上向下向前向后向左向右》) ;  

-          en 2009 : « Queer China, ‘Comrade’ China » (《志同志》), un documentaire intelligent sur l’homosexualité en Chine et son évolution au cours des 80 dernières années, une référence aujourd’hui. 

Voir trois extraits : http://dgeneratefilms.com/catalog/queer-china-zhi-tong-zhi/ 

 

Mais Yang Jin a aussi été le directeur de la photo de trois autres films récents (outre « The Old Donkey ») : 

-          en 2007 : « A Disappearance Foretold » ou « Dans les décombres » (《前前》), documentaire d’Olivier Meys / Zhang Yaxuan (张亚) sur la démolition et modernisation du vieux quartier de Qianmen, à Pékin, avant les Jeux olympiques ; 

-          en 2007 encore : « Fairy Tale » (《童), documentaire de 420 mn d’Ai Weiwei (艾未未) et Wang Bing (王兵) ; 

-          et en 2008 : « Ubu » (《盒), film de Zhang Chi (张驰). 

 

Autant de films réalisés par des cinéastes et artistes indépendants sur des sujets plus ou moins engagés. 

 

Prochain film en préparation 

 

Mais Yang Jin, pour ses propres réalisations, opte pour des sujets personnels, réflexifs et intimes, l’une de ses caractéristiques étant la recherche stylistique, celle de formes originales. C’était le cas avec « Er Dong » et l’inclusion de séquences symboliques en noir et blanc. Ce sera le cas de son prochain long métrage, actuellement en préparation, et qui sera à nouveau tourné dans sa région natale. L’histoire mêlera des rêves d’enfant à la réalité et ces rêves seront tournés sous la forme de dessins animés.   

 

Il s’appelle pour l’instant « Il y a des gens qui louent l’intelligence et d’autres pas »  (有人赞美聪慧,有人则不》). On ne peut s’empêcher d’être intrigué et de l’attendre avec curiosité…. 

 

Voir une page d’un blog Sohu dédiée à Yang Jin : http://zt.blog.sohu.com/s2010/bkyy064/ 

 

 

Notes : 

(1) Voir article précédent. 

(2) Réalisateur, scénariste et écrivain, professeur à l’Institut de Recherche sur le cinéma de l’Académie du cinéma de Pékin. Il est aussi défenseur actif des droits des homosexuels, et son œuvre a l’homosexualité pour thème essentiel. 

(3) 如花似玉 rúhuāsìyù  semblable aux fleurs et au jade – qualifie normalement une belle jeune femme. 

(4) La religion chrétienne est un thème récurrent chez Yang Jin. Sa femme, Zhang Jun (张君), monteuse et productrice qui travaille avec lui, nous a expliqué que c’est une religion très répandue dans la région du Shanxi. Elle-même prépare une thèse doublée d’un documentaire sur le sujet. Le christianisme, selon elle, a dans la région une fonction de lien social, et aide en outre beaucoup de femmes à surmonter les difficultés du quotidien, voire les problèmes psychologiques suivant des accidents ou des décès, en leur offrant une vision de l’avenir pleine d’espoir. 

Nota : l’évangélisation du Shanxi a débuté en 1876, les premiers missionnaires protestants explorèrent d’abord le sud de la province ; ces missionnaires aidèrent alors les habitants à surmonter les souffrances causées par la grande famine de 1876-79. Aujourd’hui, la province compte plus de catholiques que de bouddhistes et a un réseau de 50 000 membres de « home churches » (家庭教会/地下天 underground heaven). 

Cf les livres de Daniel H. Bays : « Christianity in
China », Stanford University Press, 1999, et « A new history of Christianity in
China », 2011. 

 

Li Ruijun tourne son troisième film, après « The old donkey »

16 juillet, 2011

Li Ruijun (李睿珺) va débuter sous peu le tournage de son troisième film, dans le Gansu. Ce nouveau film est adapté d’une nouvelle de Su Tong (苏童) : « Dites-leur que je suis parti sur le dos de la grue blanche » 诉他们我乘白鹤去了 (1).  

 

Au début de cette année (en mars 2011), le projet a été retenu au 9ème Asia Film Financing Forum (9届亚洲电影投资会), plate-forme de financement cinématographique organisée à Hong Kong dans le cadre des manifestations du FILMART. Le scénario, également signé Li Ruijun, est provisoirement intitulé en anglais « Where is my home », en chinois ‘ma maison est sur la berge luxuriante’ (《家在水草丰茂的地方》)

 

Li Ruijun est un cinéaste indépendant dont le film précédent avait déjà fait l’objet de cette même aide au financement, il y a deux ans. Il s’agissait de « The Old Donkey » (《老驴头》), sorti en 2010 et présenté au 13ème festival de Deauville en mars dernier après avoir obtenu le 1er prix au 7ème festival du cinéma chinois indépendant en octobre 2010, à Nankin (2). Le film a par ailleurs bénéficié de l’aide à la post-production du Fonds Hubert Bals. 

 

The Old Donkey  

 

Le vieux Ma (Ma Xingchun 马兴春), 73 ans, vit en bordure du désert, dans un village menacé par la progression du sable. Inséparable de son âne, il est surnommé « Vieil âne » (老驴头”). Il a trois fils et deux filles, mais sa seule ressource est son minuscule lopin de terre. 

 

Les jeunes du village sont partis travailler à la ville car la terre ne suffit plus à les nourrir. Pour lutter contre l’abandon des terres et tenter d’en améliorer les rendements, les autorités locales ont adopté un plan de développement rural : les vieux paysans sont astreints à sous-louer leurs terres à un villageois formé aux techniques modernes de culture, un certain Zhang Yongfu (张永福)qui est aussi le personnage le plus riche et le plus influent du village, et qui pourrait en retour les employer. 

 

Il a réussi à convaincre les paysans du coin : il ne reste plus que le vieux Ma, mais celui-ci reste inflexible, car il se souvient des jours très durs où il travaillait pour un propriétaire terrien, avant la réforme agraire, et considère que la terre est un acquis de la révolution ; il organise même la résistance avec ses voisins. 

 

En même temps, les tombes ancestrales sont menacées par l’avancée progressive de la dune au pied de laquelle elles sont situées : à la menace des hommes s’ajoute celle de la nature, bien plus inexorable encore. C’est alors à un autre combat d’arrière garde que se livre le vieil homme, pour tenter de stopper la progression du désert et sauver les frêles monticules de sable où reposent les mânes de la famille. 

 

Cela nous donne de magnifiques images du vieil homme plantant péniblement de fragiles arbustes sur la pente raide de la dune, filmé en contre-plongée ou du bas de la dune, superbes images qui soulignent la petitesse de l’homme dans ce décor aride et sauvage, et s’achèvent sur un plan époustouflant de la paroi sableuse transformée en tableau cubiste. 

 

Evidemment, l’âne finit par mourir, le vieux Ma aussi, la dernière séquence s’attarde sur les tombes qui vont disparaître ; on sent que le village n’en a plus pour longtemps non plus, avec la vie et les traditions qui y étaient liées ; on sort le cœur un peu serré. 

 

Li Ruijun 

 

Li Ruijun est originaire d’un petit village du Gansu, où il est né en 1983 et a vécu ses quatorze premières années, en commençant par des études de peinture et de musique. Ce village est situé en bordure du désert de Badain Jaran (ou 巴丹吉林沙漠) (3), et c’est là, à Gaotai (高台), dans ce qu’on appelle le « corridor du Hexi », qu’a été tourné le film. 

 

Après être parti étudier et travailler à Pékin à l’âge de vingt ans, Li Ruijun est ensuite revenu régulièrement chez lui, chaque année pour la fête du Printemps, et a été de plus en plus frappé par l’aspect de désolation que prenaient les lieux où ne restaient guère que les personnes âgées, avec quelques enfants laissés là par les parents partis travailler en ville. Ce qui semble l’avoir le plus choqué est l’abandon de ces vieillards par des enfants pour lesquels ils se sont sacrifiés toute leur vie, y compris pendant la terrible famine du début des années 1960, au moment du Grand Bond en avant (4). De là est née, en 2008, l’idée de son film. 

 

Le projet de réforme agraire dont il est question ici est d’autant plus mal accepté par ces vieux paysans qu’ils sont nés dans les années 1920 et ont vécu des jeunesses difficiles sous la coupe de propriétaires terriens qui les exploitaient ; après la réforme des premières années du nouveau régime communiste, ils ont reçu des terres qui ont ensuite été collectivisées. En 1982, la réforme de Deng Xiaoping leur a conféré des droits d’usage sur des terres qui sont cependant restées propriété de l’Etat. Ils considèrent pourtant ces terres comme les leurs, d’où leur résistance acharnée à tout projet de réforme, dans un contexte où elles sont par ailleurs leur seul moyen de subsistance. 

 

Le film est ainsi une analyse fine des mentalités paysannes de régions isolées en ce début de vingt-et-unième siècle en Chine, alors qu’elle sont confrontées à des menaces tant naturelles qu’humaines, et condamnées à disparaître inéluctablement avec les traditions qu’elles entretenaient, symbolisées ici par les tombes ancestrales enfouies dans les sables. 

 

Le film est lent, volontairement bien sûr, mais pêche quelque peu par l’aridité d’un scénario qui nous vaut des séquences un peu trop répétitives du vieil homme plantant et arrosant ses frêles plantations, au détriment du développement des caractères secondaires. Bien sûr, le résultat est ce superbe travail de quadrillage de la dune qui témoigne de l’œil de peintre du cinéaste, mais l’intérêt du public a tendance à fléchir parfois, ce qui explique sans doute que le film n’ait pas été primé dans la plupart des festivals où il était en compétition. 

 

Il laisse donc un peu sur sa faim et on attend maintenant avec curiosité le prochain film de Li Ruijun. 

 

Le film a cependant un autre intérêt : celui de faire découvrir le talent d’un autre cinéaste, ici directeur de la photo qui a également signé celle du premier film de Li Ruijun,  « Solstice d’été » (《夏至》), sorti en 2007. Il s’agit de  Yang Jin (杨瑾), réalisateur par ailleurs de plusieurs films très intéressants. 

 

Voir prochain article… 

 

 Notes 

(1) Sur Su Tong, voir http://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_SuTong.htm 

La nouvelle, peu connue, fera l’objet d’une présentation et traduction sur ce même site. 

(2) Voir sur ce blog l’article du 5 mars 2011. 

(3) Sur ce désert, voir le diaporama (avec carte) : http://www.slideshare.net/alainbayod/dsert-badain-jaran 

(4) Sur cette famine, voir en particulier les nouvelles de Zhang Xianliang : 

http://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_ZhangXianliang.htm 

et le livre « Stèle funéraire » (《墓碑》) de Yang Jisheng (杨继绳)

http://www.icilachine.com/culture/livres/1593-stele-funeraire.html 

 

Le cinéma chinois ? 18 % d’entrées supplémentaires au 1er semestre 2011

14 juillet, 2011

Mais il est en super forme, le cinéma chinois, nous disent les autorités ‘compétentes’, alias la SARFT : les recettes du box office pour les six premiers mois de l’année ont enregistré une hausse de 18 % par rapport à la même période de l’année dernière, totalisant 5,7 milliards de yuans, soit quelque 625 millions d’euros. 

 

Les recettes des films nationaux se sont élevées à près de 3 milliards de yuans, ce qui ne représente qu’un peu plus de la moitié de ce total, et ce en dépit des quotas, mais ce sont elles qui ont enregistré la hausse la plus importante : 38 %. Quant aux recettes des films étrangers, elles n’ont progressé que de 1,8 %, mais ce chiffre est à relativiser en raison de l’impact sur les recettes 2010 de la sortie d’ « Avatar », au début du mois de janvier. 

 

En ce début d’année 2011, le film en tête du box office est la superproduction marquant le 90ème anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois, qui s’appelait à l’origine « La fondation du Parti », en écho à son homologue de l’année 2009 « La fondation de la République » (1), mais qui a depuis lors été rebaptisé en anglais « Beginning of the Great Revival ». Le titre chinois fait cependant toujours écho au titre du film précédent : le premier s’appelait « La grande cause de la fondation de la République » (《建国大业》), celui-ci « La noble cause de la fondation du Parti » (《建党伟业》). 

 

La recette est la même : le film est réalisé par Huang Jianxin (黄建新), produit par le China Film group, sous la houlette de Han Sanping (韩三平), et réunit près de cent cinquante stars du grand et du petit écran, mais cette fois-ci les rôles sont bien moins crédibles, car on a eu recours à de jeunes acteurs connus, à commencer par Liu Ye ( ) dans le rôle improbable de Mao Zedong, Chow Yun-fat dans celui de Yuan Shikai, Chen Kun (陈坤)dans celui de Zhou Enlai, etc… On a du mal à y croire en dépit du maquillage. 

 

Quant à l’histoire, elle relate les événements de la période 1911-1921. Pour ne pas lasser les spectateurs, les discours sont saupoudrés de petites scènes à l’eau de rose, dont l’histoire d’amour, pure et candide, de Mao Zedong pour sa deuxième épouse Yang Kaihui (杨开慧). Mais cela ne suffit pas à faire prendre la sauce. Comme dit Mark Olsen dans sa critique parue dans le Los Angeles Times : “even the undeniable power of actors such as Chow Yun-fat and Chen Kun can’t make the project better than respectfully dull.” 

 

Mais le film a monopolisé les écrans chinois (2). Son seul concurrent notable a été « Kungfu Panda 2 ». Résultat : des recettes de près de 305 millions de yuans fin juin, soit après quinze jours d’exploitation. Il a réussi peu ou prou à s’approprier les méthodes commerciales des blockbusters américains, la propagande arrive emballée comme un paquet de smarties et, comme le titrait un autre critique, chinois, celui-là, dans le China Daily,  c’est « a perfect example of profit-making ». 

 

Ce qui est, finalement, tout qu’on demande à un film en Chine, aujourd’hui. « Beginning of the Great Revival » se targue de ne pas avoir été financé par l’Etat, mais par un consortium de quarante financiers ; même si certains sont publics, une bonne partie sont quand même privés : le financement est traité comme une affaire commerciale. Une affaire juteuse, à l’abri des quotas et avec l’assurance d’une diffusion maximale.   

 

Si l’industrie se porte bien, pour le cinéma, hors statistiques, on nous permettra de regarder plutôt ailleurs. Du côté du Gansu et du Shanxi par exemple…. 

 

 

Notes 

(1) Voir l’article du 20 avril 2009. 

(2) Et ce n’est pas fini, d’autres films sur des sujets voisins sont en préparation. Telle la série intitulée « Nos années françaises » en cours de tournage à Moret-sur-Loing, sur le séjour en France, dans les années 1920, des futurs dirigeants du Parti, donc Deng Xiaoping. 

 

1971-2011 : la loi de l’éternel retour (aparté)

11 juillet, 2011

Entre deux films, deux rendez-vous, deux pages d’écriture, deux rames de métro, je viens de lire, à toute allure, souffle coupé, l’autobiographie de Marceline Loridan-Ivens «  Ma vie balagan » (1). 

 

Marceline Loridan-Ivens, les cinéphiles la connaissent comme cinéaste et documentariste, et les amateurs de cinéma chinois comme la coréalisatrice, avec Joris Ivens, des célèbres documentaires qu’ils ont tournés en Chine pendant la Révolution culturelle. 

 

Dans son autobiographie, par ailleurs émouvante relation de ses années de camp, et de retour de camp, la Chine n’est évoquée une première fois qu’à la page 198 (sur 259), à propos de raviolis dans son frigo : une réflexion incidente. Les véritables souvenirs concernant la Chine commencent au chapitre suivant : en 1965. Mais toujours de manière incidente : cette année-là, Ivens et elle étaient juste en transit pour aller au Vietnam du Nord filmer l’intervention américaine. 

 

Elle conte quand même quelques souvenirs de 1967 : les murs de Pékin couverts de slogans anti-soviétiques, et les hôtesses de l’air distribuant des packs de nourriture portant les mêmes slogans, mais en anglais… comme un film sous-titré. Quelques souvenirs aussi de la période 1972-1975, quand ils ont tourné leurs six films sortis en mars 1976 sous le titre « Comment Yukong déplaça des montagnes », et qu’ils ont eu toutes les peines du monde à filmer ce qu’ils voulaient filmer, c’est-à-dire autre chose que des ouvriers sur leur trente et un, « qui sortaient de l’usine comme on sort de la messe ». 

 

C’est un autre souvenir, cependant, qui m’a laissée
songeuse. C’était en 1971. Zhou Enlai les reçoit à l’Assemblée nationale. Mais Joris Ivens est obsédé par l’absence d’un ami chinois qu’il avait connu aux Etats-Unis et dont il n’a plus de nouvelles depuis des années : Liao Shenshe, le fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Sun Yat-sen. Ivens demandait partout : « Où est Liao Shenshe ? » et on lui répondait évasivement, comme on répond dans ces cas-là : « Il est malade », « Il a eu un empêchement. », etc… 

 

Et un jour qu’ils étaient au théâtre à Nankin, assistant à une pièce révolutionnaire dont elle dit juste qu’elle était « nulle » mais dont on peut très bien imaginer ce dont il s’agissait, une femme assise derrière eux s’est penchée pour leur glisser quelques mots à l’oreille : c’était la femme de Liao Shenshe, qui avait été amenée là, en secret, par un réseau d’amis. Elle chuchota à l’oreille de Joris que son mari avait été arrêté par des Gardes rouges, qu’il souffrait du cœur et avait été hospitalisé, et qu’il allait sortir dans quelques jours.  

 

La similarité avec l’actualité récente est évidemment frappante, légèrement inquiétante même. 

 

La loi de l’éternel retour version chinoise est là dans son immense clarté. Comme il est dit dans le Laozi : « Les êtres, parvenus à leur comble, ne peuvent que faire retour. » 

 

 

(1) « Ma vie balagan », Marceline Loridan-Ivens, Rober Laffont, 2008 

 

Et la série continue : aucun film chinois cette année au festival Paris Cinéma

6 juillet, 2011

Les festivals de cinéma se suivent et, s’ils ne se ressemblent pas, depuis quelques temps ils ont au moins un point en commun : ils n’ont aucun film chinois ni au programme ni encore moins en compétition. Disette généralisée. 

 

Le dernier en date, en France, est le festival Paris Cinéma, qui se déroule dans la capitale du 2 au 13 juillet : même pas un petit court métrage chinois à se mettre sous la dent. Et ce n’est pas la faute des organisateurs, mais bien celle du cinéma en question lui-même, ou plutôt des contraintes croissantes dont il pâtit depuis deux ou trois ans, et qui sont en train de l’étouffer peu à peu. N’émergent que quelques grosses productions « industrielles » : des films d’arts martiaux, des thrillers et remakes de thrillers, toutes les variations possibles imaginables sur des  thèmes historiques et classiques, et les suites feuilletonesques des films à succès des deux ou trois années écoulées. 

 

Ainsi, après le succès de « Huapi » (《画皮》« La peau peinte ») (1), voilà qu’on nous annonce « Huabi » (《画壁》« Le mur peint »), toujours d’après Pu Songling et par le même Gordon Chan (陈嘉上; l’objectif est de faire un score tout aussi fantastique au box office, avec une sortie prévue pour le 29 septembre, soit la veille de la Fête nationale. 

Bande annonce : http://video.sina.com.cn/p/ent/m/c/2011-07-05/232261404053.html 

 

L’autre obsession est de concurrencer Hollywood. Ainsi, côté films d’animation, pour contrer « Kungfu Panda », voilà, en 3D, le super film d’animation chinois « Kungfu Rabbit », pardon « Legend of a Rabbit » (兔侠传奇), qui va sortir le 11 juillet (2). 

Bande annonce :  http://movie.mtime.com/136798/trailer/32989.html 

 

Tout cela à l’abri des quotas d’importations de films étrangers qui font du film anniversaire de la fondation du Parti un film incontournable si vous avez envie d’aller au cinéma en Chine : il n’y a pas grand-chose d’autre (à part l’excellent « A piano in the factory » (3), sorti le 30 juin, qui fait son petit bout de chemin dans le désert ambiant). 

 

Ceci n’est bien sûr que la partie émergée de l’iceberg : on assiste au gauchissement et durcissement de la politique chinoise depuis quelques temps, avec une reprise en mains des médias et des organes pouvant traditionnellement servir à la diffusion de la propagande, dont, en première ligne, le cinéma. 

 

Et si vous pensez que tout cela est passager et que les choses vont s’arranger, détrompez-vous, ce n’est pas pour tout de suite, il suffit pour s’en convaincre de lire le discours prononcé par le président Hu Jintao à l’occasion du 90ème anniversaire du Parti communiste chinois : un discours où prédominent les appels à la prudence, et se termine par l’une des exhortations favorites du président, rester calme et ne pas flanquer la pagaïe (不折). 

 

On en trouve une remarquable analyse sur le site China Media Project de l’université de Hong Kong, où l’auteur montre que le discours témoigne d’une résurgence de la « pensée de Mao », symbolisée par la présence au centre de l’estrade d’un ancien dirigeant du Parti de 94 ans, Song Ping (宋平), dit le « roi de la gauche » (左王) (4)

Lire l’article en entier : http://cmp.hku.hk/2011/07/02/13543/ 

 

Les périodes d’ouverture ont toujours suivi un processus cyclique en Chine, alternant avec des périodes de durcissement idéologique se traduisant dans la pratique par un resserrement des contrôles et de la censure. Nous sommes dans une telle phase. Les conditions de création artistique sont donc difficiles et les œuvres créées assez décevantes, tout particulièrement dans le domaine cinématographique car elles y sont en outre victimes de ce que j’appellerais le « syndrome du cinéma industriel » doublé du « complexe de Hollywood ». 

 

On doit d’autant plus apprécier le travail des cinéastes indépendants qui continuent de tourner contre vents et marées. Leur nombre s’amenuise de jour en jour. 

 

Prochain article : Li Ruijun sur le tournage de son troisième film, au Gansu. 

 

Notes 

(1) Ce que le film a de mieux, c’est son site : http://huapi.ent.sina.com.cn/ 

(cliquer sur entrer : 进入

(2) Les combats ont été chorégraphiés par le maître de Tai Chi Jing Jianjun (景建). Mais les voix ont aussi été très étudiées, comme chez Walt Disney : ce sont celles de Fan Wei () et Yan Ni (闫妮). Fan Wei est un grand acteur comique, fidèle de Feng Xiaogang, mais aussi principal interprète du « Lucky Dog » de Zhang Meng – voir article du 5 décembre 2008. Quant à Yan Ni, on l’a vue récemment dans le film de Zhang Yimou, « A Simple Noodle Story » – voir article du 13 août 2010. 

(3) Voir mon article du 14 mars 2011. 

(4) Song Ping est ancien président de la Commission nationale de planification (1983-87) et ancien chef du département de l’Organisation centrale du Parti (1987-92).

 

 

Une légende du Serpent blanc avec Jet Li pour les fêtes de fin d’année

1 juillet, 2011

Le film s’appelle « Le sorcier et le serpent blanc » (白蛇传说) et reprend une ancienne légende qui remonte, sous une forme simplifiée, à la dynastie des Song, mais a ensuite été l’objet de multiples développements et variantes : la « Légende du Serpent blanc » (白蛇)

 

Une légende très populaire 

 

Un serpent qui a été sauvé par un petit apothicaire a fait vœu de lui rendre son bienfait dans une existence ultérieure. Après avoir médité de nombreuses années en compagnie d’un serpent vert et acquis des pouvoirs magiques, il revient sur terre  avec l’autre serpent, tous deux prenant la forme de deux belles jeunes femmes : Bai Suzhen (白素貞, bái signifiant blanc), issue d’une famille riche, et Xiao Qing (小青, qīng signifiant vert), sa soubrette. 

 

Elles retrouvent la réincarnation de l’apothicaire, Xu Xian (许仙), au bord du lac de l’Ouest, à Hangzhou, et font pleuvoir pour qu’il puisse leur offrir son parapluie ; une fois le contact établi, tout va ensuite pour le mieux : Xu Xian et Bai Suzhen tombent amoureux et se marient, et Suzhen attend bientôt un enfant. Mais Xu Xian rencontre un moine, Fahai (法海), qui détecte la présence d’un esprit et prévient Xu Xian du danger qu’il court. 

 

Comme il ne l’écoute pas, le moine revient le jour de la Fête des bateaux dragons avec un flacon de vin soufré que l’on boit traditionnellement ce jour-là pour éloigner les maladies. Lorsque Xu Xian parvient à en faire boire quelques gouttes à Suzhen réticente, elle apparaît sous sa forme de serpent. Terrorisé, son mari tombe mort. Suzhen réussit cependant à aller sur le mont Kunlun chercher une potion magique qui lui permet de le ressusciter. 

 

Mais Fahai, décidé à éliminer le serpent, enlève Xu Xian et l’enferme dans le temple de la Montagne d’or (金山寺).Les serpents inondent le temple pour tenter de faire sortir le prisonnier, mais, sur le point d’accoucher, Suzhen voit ses pouvoirs diminuer. Elle n’arrive plus à contrôler l’inondation qui cause des catastrophes ; elle est finalement capturée par Fahai et emprisonnée dans les fondations de la pagode Leifeng (雷峰塔). Heureusement, quelques années plus tard, son fils réussit à la délivrer. 

 

Déjà adaptée de multiples fois 

 

La légende se prête particulièrement bien à l’adaptation à l’opéra, avec de nombreuses versions filmées. Citons l’adaptation en opéra kunqu intitulée « Le pont cassé » () qui faisait partie du répertoire de Mei Lanfang (梅兰芳) et fut tournée en 1955, aux studios de Pékin. 

 

Au cinéma, il existe de nombreuses adaptations de la légende en dessins animés, mais, dans les trente dernières années, elle a inspiré plusieurs réalisateurs, les deux films les plus importants datant de 1980 et 1993 : 

 

- le premier, sorti en 1980 avec le même titre que la légende (白蛇), est un opéra filmé, réalisé aux studios de Shanghai par Fu Chaowu (傅超武, 1922-1992) et filmé par Huang Shaofen (绍芬), grand chef opérateur qui avait déjà signé, en 1954, la photographie du film de Sang Hu (桑弧) sur une autre légende adaptée en opéra, celle de « Liang Shanbo et Zhu Yingtai » (梁山伯与祝英台》) (1). 

 

- le second, « Green Snake » (青蛇), sorti en 1993, est de Tsui Hark (徐克), qui l’a adapté d’un roman de Lillian Lee. Son originalité est d’être centré, comme son titre l’indique, sur le serpent vert, interprété par Maggie Cheung, avec Joey Wong dans celui du serpent blanc ; ce sont ici deux sœurs. Le film baigne dans une atmosphère d’érotisme diffus, le serpent blanc voulant goûter aux joies de l’amour, le serpent vert, jalouse, voulant tout partager avec elle, et le moine Fahai (interprété par Chiu Man Cheuk) faisant tous ses efforts pour ne pas succomber à leur(s) charme(s). 

 

Fahai au centre du film de cette année 

 

Dans le film attendu cette année, c’est en revanche sur le moine Fahai que l’accent est mis, un moine grand chasseur de fantômes devant l’éternel car il pense que tous les esprits sont maléfiques et doivent être éliminés. Il est interprété par Jet Li (连杰). Mais on retrouve à ses côtés, dans le rôle de son disciple, l’acteur Wen Zhang (文章) qui interprétait le rôle de son fils autiste dans le film de Xue Xiaolu (晓路) sorti l’an dernier au festival de Shanghai, « Ocean Heaven » (海洋天堂). Wen Zhang a reçu le prix des médias pour sa remarquable interprétation dans ce film. Il s’agit donc, de toute évidence, de jouer sur la popularité acquise par ce duo d’acteurs. 

 

Les rôles féminins sont un peu en retrait, mais interprétés par des actrices aussi très populaires : Huang Shengyi, ou Eva Huang, (黄圣依) interprète le serpent blanc, et Charlene Choi (蔡卓妍) le serpent vert. Le rôle de Xu Xian, très convoité, a échu à Raymond Lam. 

 

Le réalisateur est Ching Siu-tung (程小), ou Tony Ching. Né en 1953, fils d’un réalisateur des Shaw Brothers, à la fois acteur, chorégraphe, directeur et producteur, il a été formé aux arts martiaux à l’école de l’opéra de Pékin. Il a, en particulier, réalisé en 1987 « A Chinese Ghost Story » (倩女幽魂), avec Leslie Cheung et Joey Wong ; produit par Tsui Hark, le film a renouvelé le film de fantômes. C’est lui, par ailleurs, qui a signé la chorégraphie des trois films de Zhang Yimou « Hero » (英雄), « Le secret des poignards volants » (十面埋伏) et « La cité interdite » (满城尽带黄金甲), respectivement en 2002, 2004 et 2007. 

 

C’est donc quelqu’un qui a beaucoup de métier, mais dont on peut attendre le meilleur comme le pire (comme cet improbable « Terracota Warrior » de 1990, avec Zhang Yimou et Gong Li). Beaucoup va dépendre du scénario. 

 

Le film est actuellement en post-production et devrait sortir vers la fin de l’année. 

 

 

 (1) Sur ce film, voir sur ce blog l’article du 26 janvier 2011. 

 

Rétrospective Sang Hu à la 6ème édition du Festival du cinéma chinois de Paris

30 juin, 2011

La 6ème édition du Festival du cinéma chinois de Paris aura lieu du 20 septembre au 4 octobre prochains. Elle comportera, comme d’habitude, outre deux programmes de documentaires et de films d’animation, un panorama de films récents, pour la plupart inédits en France. 

 

Par ailleurs, la quatrième section du festival, la rétrospective, s’annonce cette année particulièrement intéressante car elle sera consacrée à Sang Hu (桑弧), réalisateur et scénariste (1), dont le festival présentera quatorze films rares. 

 

Le festival se fait une joie de faire (re)découvrir un réalisateur qui se disait lui-même « de la seconde génération » et travaille actuellement avec son équipe, et en collaboration avec le Centre de documentation sur le cinéma chinois (CDCC), à la préparation d’un catalogue sur le cinéaste et son œuvre, en particulier les films présentés. 

 

A cette occasion, le fils du réalisateur, encore vivant, a écrit une lettre en hommage à son père que le CDCC a publié en avant-première sur son site (en chinois et traduction française), et qui est la meilleure introduction à cette rétrospective : 

http://www.cdccparis.com/ 

 

(1) Pour une première approche sur ce réalisateur, voir sur ce blog mon article du 25 janvier 2011. 

 

« Heroes of Nanjing » : le nouveau film de Zhang Yimou

26 juin, 2011

Zhang Yimou vient d’achever le tournage, près de Nankin, de son nouveau film, « Heroes of Nanjing » (《金陵十三钗》). Le tournage a tourné 164 jours, soit un peu plus de cinq mois, ce qui représente l’un des plus long tournages qu’il ait jamais réalisés, avec « Hero ». Le budget est également un record : près de cent millions de dollars. Le film doit sortir le 26 décembre prochain, et battre tous les records de box office. 

 

Il faut s’y habituer, le cinéma chinois est désormais une industrie, à quelques exceptions près, donc l’important, ce sont les chiffres. Pardon, j’oubliais, les chiffres et les acteurs. Il faut donc ajouter le joker fatal : Christian Bale. Euh… mais si, voyons, le Laurie « sensible et humain », comme dit Wikipedia, des Quatre filles du docteur March, la voix de Pocahontas et le charme de Batman, mais aussi un fils raciste, un golden boy psychopathe, et même le sauveur de l’espèce humaine, il sait tout faire, Christian Bale. Et sa spécialité : les prix dans les seconds rôles… 

 

Mais il fait quoi, Christian Bale, dans le film de Zhang Yimou ? Il interprète un prêtre américain, qui va sauver treize âmes de prostituées des mains des Japonais au moment du massacre de Nankin, en décembre 1937. 

 

Le plus intéressant, à cette heure, est sans doute le scénario, adapté d’un roman de Yan Geling (1) : « Les treize prostituées de Jinling » (《金陵十三钗》, où 金陵 Jīnlíng est un ancien nom de Nankin, et chāi désigne une épingle à cheveux, et par extension la femme qui la porte). Yan Geling y décrit treize prostituées qui tentent de se réfugier dans une église américaine, l’un des seuls asiles dans la ville soumise à des bombardements aériens et un intense feu d’artillerie. Le 13 décembre, alors que la ville tombe aux mains des Japonais, des soldats chinois s’y réfugient aussi. Lorsque les Japonais envahissent ensuite l’église, les Chinois décident de se rendre pour tenter de sauver le prêtre et les femmes. Mais les Japonais reviennent la veille de Noël… 

 

Le coup le plus formidable, dans l’histoire, est cependant que le film va sortir … au JAPON ! Il y avait des Japonais dans l’équipe de tournage, et les droits du film auraient été achetés par un distributeur japonais. Ce n’est peut-être pas du grand art, mais c’est de la bonne industrie. De quoi rattraper peut-être le semi-flop du Hawthorne Tree. En espèces sonnantes et trébuchantes, s’entend. 

 

Site officiel : http://gb.cri.cn/ent/enmy/enmysjindex.htm#mao1 

 

(1) Sur cette romancière et scénariste chinoise établie aux Etats-Unis, voir : 

http://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_YanGeling.htm 

 

Xu Xin, le réalisateur de Karamay, à écouter sur France Culture

23 juin, 2011

Un lecteur (Lambert) – que nous remercions –  nous signale qu’une interview de Xu Xin, le réalisateur du documentaire « Karamay », réalisée par Laure Adler dans le cadre de son émission « Hors Champs », est « re-écoutable » pendant une semaine sur le site de France Culture. 

 

Il s’agit d’une interview de 45 mn qui fait le point sur la carrière du cinéaste, et que l’on peut écouter en cliquant sur le lien ci-dessous : 

http://www.franceculture.com/emission-hors-champs-xu-xin-2011-06-22.html 

 

Xu Xin était le 3 avril dernier à Paris, au centre Georges Pompidou, pour présenter son film qui faisait partie du programme du Cinéma du Réel (1). 

 

(1) Voir article du 3 avril 2011. 

Stanley Kwan revisité

21 juin, 2011

Pour la dernière séance, cette année, de son cycle « De l’écrit à l’écran », l’Institut Confucius de l’université Paris Diderot programme vendredi 24 juin un film de 1994 de Stanley Kwan adapté d’une nouvelle de Zhang Ailing : « Rose rouge, Rose blanche » (《红玫瑰白玫瑰》). 

 

C’est non seulement l’occasion d’approfondir et la nouvelle et le film, et d’en analyser les rapports (1), c’est aussi celle de faire le point sur la carrière d’un réalisateur qui a connu une petite baisse de régime ces dernières années, mais dont on continue d’espérer le meilleur. 

 

Stanley Kwan (关锦鹏 Guān Jǐnpéng) est né en 1957 à Hong Kong. Son père étant mort lorsqu’il avait treize ans, sa mère dût assumer la charge de la famille. Stanley Kwan a donc grandi dans un environnement essentiellement féminin, conditions familiales qui ont influencé sa vision du monde et des relations humaines, ainsi que les thèmes et personnages de ses films. 

 

Premières armes, troisième vague 

 

Après des études de journalisme et sciences de la communication, il a décroché un diplôme en ‘communication de masse’ au Hong Kong Baptist College. Parallèlement, passionné de cinéma, au grand dam de sa mère qui n’y voyait qu’une perte de temps et d’argent, il s’est éveillé au troisième art avec les films populaires qui passaient à Hong Kong dans son enfance, puis s’est nourri des films de la Nouvelle Vague française et des films japonais de la même époque, Truffaut et Ozu en tête. C’est le second, surtout, qui l’a influencé, par ses peintures de la famille et des relations familiales, et il partage cet amour pour Ozu avec Hou Hsiao-hsien (侯孝), qui lui a rendu hommage en 2004 dans son film « Café Lumière » (咖啡時光)

 

Stanley Kwan a commencé à travailler à la chaîne de télévision TVB. Il s’est d’abord inscrit au cours d’art dramatique de la chaîne, véritable pépinière d’acteurs d’où sont sortis, entre autres, Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai et Andy Lau. Mais il a vite abandonné l’ambition de devenir comédien et opté pour le métier d’assistant réalisateur. Il a commencé comme assistant de Dennis Yu (余允抗) en 1979, puis s’est formé en travaillant sur des téléfilms et des séries télévisées avec les futurs grands réalisateurs comme Ann Hui et Patrick Tam. Il les suivit lorsqu’ils quittèrent la télévision à la fin des années 1970 et participa alors à ce qu’on appelle la ‘Nouvelle Vague’ du cinéma de Hong Kong dans les années 1980, ou plutôt à la ‘Troisième vague’, comme lui-même préfère le dire (2). 

 

Il est en marge d’un cinéma qui a toujours privilégié l’aspect commercial et les succès populaires, en évitant les sujets politiques ; d’où la prédominance des films de genre, thrillers, comédies, films de kungfu et autres, parce qu’il est généralement admis qu’il y a une demande pour ce genre de films. Les cinéastes comme Stanley Kwan ou Wong Kar-wai ont eu beaucoup de mal à s’imposer dans ce cadre ; ils ont pour cela fait appel à de grands acteurs, très connus, sachant que c’était la condition première pour pouvoir créer ensuite un style personnel et exprimer un point de vue différent.   

 

Années 90 et jusqu’en 2005, les années d’or 

 

En 1996, son documentaire « Yang ± Yin » (男生女相), histoire très personnelle du cinéma chinois vue sous l’angle de « la confusion des sexes », a marqué un tournant dans sa carrière.  C’est le reflet à la fois, selon ses propres dires, de « sa réflexion sur son éducation et son contexte familial, sa carrière cinématographique, son orientation sexuelle et son identité en tant que Chinois vivant dans une colonie britannique ». Le film est construit à partir d’une série d’interviews de grands réalisateurs, John Woo, Tsui Hark, Hou Hsiao-hsien, Tsai Ming-liang, Ang Lee, etc… Il y a même glissé un mot de sa mère.  

 

Il y révélait son homosexualité tout en annonçant ses films suivants, surtout « Lan Yu » (藍宇), qui est sans doute le film le plus troublant qu’il ait réalisé : une histoire d’amour entre un jeune étudiant en architecture et un homme d’affaires, avec pour toile de fond les événements de Tian’anmen (1989). 

 

Par ailleurs, bien qu’il se défende de s’intéresser à la politique, en filigrane dans son œuvre est la question de la rétrocession de Hong Kong et des rapports de l’ancienne colonie britannique avec la Chine continentale, question qu’il considère de façon ambivalente comme tous les Hongkongais de sa génération : d’une part, la Chine est ressentie affectivement comme la mère patrie, d’un autre côté la rétrocession entraîne des réflexes d’angoisse et de défense d’une culture plus libérale et ouverte que celle du continent. 

 

C’est une relation ambiguë, partagée entre l’amour et la haine, dont les premiers souvenirs remontent chez Stanley Kwan à son adolescence. En effet, ses parents ont immigré à Hong Kong avant 1949 ; tous les deux simples travailleurs, ils avaient un grand amour pour leur patrie, et pour Mao dont son père écoutait des enregistrements avec émotion, ce qui le rendait furieux. 

 

L’une de ses originalités est d’avoir réussi, dans ses films, à faire des relations entre ses personnages des emblèmes de la situation de Hong Kong et l’occasion d’une réflexion sur le sujet, et ce, dès « Red Rose, White Rose », en 1994 (1). 

 

Après 2005 : traversée du désert 

 

Malheureusement, depuis 2005, Stanley Kwan semble manquer d’inspiration et traverser un pan de désert. Le film « Showtime » (用心跳), le premier depuis « Everlasting regrets », présenté au festival de Shanghai en juin 2009, a déçu et les critiques et le public. Même le directeur de la photographie Christopher Doyle, d’habitude excellent, semble atteint du même syndrome. Le problème viendrait du scénariste, Jimmy Ngai (魏紹恩), qui a commencé à travailler avec Kwan en 1998, pour « Hold you tight » (5). 

 

Son nouveau film, en préparation, est une adaptation d’un roman du célèbre bloggeur/romancier de Shanghai Han Han (韩寒) (6), intitulé « Son pays » (他的国) et publié en janvier 2009. On ne sait pas encore grand-chose du film, sinon que l’actrice principale est déjà choisie : il s’agit de Zhou Dongyu (周冬雨), la jeune actrice révélée par Zhang Yimou dans son dernier film  « Hawthorn tree forever » (《山楂树之恋》)

 

Mais pourquoi avoir choisi le roman de Han Han ? Parce que c’est une histoire d’amour, répond le réalisateur, et que cela a toujours été son sujet de prédilection, d’une manière ou d’une autre. Comme dans « Rose rouge, Rose blanche », il y a deux femmes en jeu…  Mais on ne sait pas quel est le scénariste. 

 

On aimerait bien pouvoir annoncer la sortie du désert. 

 

 

Cinématographie sélective : 

 

-  1985 : « Women » (女人心), premier film, avec Chow Yun-fat, Cherie Chung, Cora Miao, grandes vedettes de l’époque qu’il avait connues à la télévision, et qui avaient eu un grand succès l’année précédente dans une adaptation par Ann Hui d’une nouvelle de Zhang Ailing : « Love in a fallen city » (《倾城之恋》).  Stanley Kwan débutait avec un succès de taille au box-office. 

- 1987 :  « Rouge » (胭脂扣Yānzhī kòu  ) adapté d’un roman de Lilian Lee, avec Leslie Cheung et Anita Mui. Une histoire d’amour ‘surnaturelle’, mais surtout tragique : à Hong Kong, en 1934, deux amants se promettent de se suicider en même temps, mais l’homme est incapable de tenir sa parole… la femme revient le chercher cinquante ans plus tard… 

- 1992 : « Centre Stage » (阮玲玉), avec Maggie Cheung dans le rôle de Ruan Lingyu (阮玲玉), grande star du cinéma de Shanghai dans les années 1930, disparue tragiquement en se suicidant à 24 ans. Stanley Kwan analyse en particulier les circonstances qui ont entraîné son suicide, et fait un portrait tragique de femme détruite par le conformisme social et la rumeur publique. 

- 1994 : « Red Rose, White Rose » (《红玫瑰白玫瑰》), adaptation de la nouvelle de Zhang Ailing (1) 

- 1996 : « Yang ± Yin » (男生女相), documentaire résultant d’une commande du British Film Institute pour les cent ans du cinéma, et doublé d’un second : « Personal memoir of Hong Kong ». 

- 1998 : « Hold you tight » (乐愈堕) 

- 2001 : « Lan Yu » (藍宇), adapté d’un roman publié anonymement sur internet en 1997, sous le titre « Beijing Story » (3), avec Liu Ye () et Hu Jun () dans les rôles principaux. 

- 2005 : « Everlasting Regrets » (恨歌), d’après le roman de Wang Anyi (王安忆) « Le chant des regrets éternels » (4), sorti à la Mostra de Venise. 

- 2009 : « Showtime » (用心跳) , avec Hu Jun (), ainsi que Carina Lau (刘嘉玲), Li Bingbing (李冰冰), Tony Leung (梁家), etc… Filmé par Christopher Doyle. (5). 

- 2011 : projet en cours - adaptation d’un roman de Han Han (韩寒) (6), intitulé « Son pays » (他的国)

 

 

Notes 

(1) Voir l’analyse comparée de la nouvelle et du film : 

http://www.chinese-shortstories.com/Adaptations_cinematographiques_ZhangAiling_Rose_rouge_et_Rose_blanche.htm 

et les détails de la séance du 24 juin à l’institut Confucius : 

http://www.chinese-shortstories.com/Actualites_46.htm 

(2) La ‘Première Nouvelle Vague’ est constituée par les réalisateurs qui travaillaient à la TVB à la fin des années 1970 : Ann Hui, Patrick Tam, Yim Ho, etc.. Ils ont alors tourné des téléfilms en 16mm que l’on peut cependant considérer comme de véritables œuvres cinématographiques. C’est à partir du moment où ils quittent la télévision, au début des années 1980 que l’on parle de ‘Première Vague’. 

Dans les années 1980, une ‘Deuxième vague » est aussi issue de la télévision, mais les réalisateurs sont moins connus : les producteurs recherchaient de nouveaux talent et étaient prêts à donner leur chance à des jeunes frais émoulus des studios de télévision. 

Les réalisateurs de la ‘Troisième vague’, quant à eux, dont Stanley Kwan et Wong Kar-wai, ont été formés auprès de ceux de la première, le premier comme assistant réalisateur (surtout d’Ann Hui), le second comme scénariste (notamment pour Patrick Tam). 

(3) D’après Stanley Kwan lui-même, l’auteur était une femme, vivant à New York ; le roman était un mélodrame très explicite, allant jusqu’à décrire la revanche de la femme de l’homme d’affaires ; le réalisateur a adapté le récit en se concentrant sur l’analyse de la relation entre les deux hommes ; l’auteur aurait protesté. 

(4) Sur Wang Anyi et ce roman : 

http://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_WangAnyi.htm 

(5) Voir la critique de Derek Elley : http://www.filmbiz.asia/reviews/showtime 

(6) Sur Han Han, voir http://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_HanHan.htm 

                                                                                                                                            

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